Cet article fait partie du dossier L'imposition du 3e pilier : le guide pose le cadre
d'ensemble, chaque article en détaille un volet.
Quel impôt paie-t-on sur un retrait du 3e pilier à Neuchâtel ?
Neuchâtel soumet le retrait en capital du pilier 3a à une taxation séparée, une seule fois, au quart du taux que son barème de l’impôt sur le revenu appliquerait au même montant, avec un taux de base qui ne descend jamais sous 2,5 %. Sur cet impôt de base viennent se greffer le coefficient de l’État, fixé à 124 % pour 2026, et celui de votre commune.
Appliquée à une personne seule domiciliée à Boudry (coefficient communal de 68 % en 2026), la règle donne ceci :
| Capital 3a retiré |
Taux de l’impôt de base |
Impôt cantonal et communal |
Impôt fédéral direct |
| 30 000 CHF |
2,5 % (plancher) |
1 440 CHF |
23 CHF |
| 60 000 CHF |
2,5 % (plancher) |
2 880 CHF |
134 CHF |
| 100 000 CHF |
2,72 % |
5 220 CHF |
537 CHF |
| 150 000 CHF |
3,07 % |
8 833 CHF |
1 415 CHF |
| 220 000 CHF |
3,31 % |
13 985 CHF |
3 109 CHF |
Ces montants sont des calculs d’école établis sur les textes en vigueur en 2026 : article 42 de la LCdir neuchâteloise, barème du revenu de l’article 40bquater, coefficients de la liste officielle du Service des contributions et barème de l’impôt fédéral direct de l’AFC. Ils excluent toute contribution ecclésiastique et ne remplacent pas le bordereau.
Le quart du barème, étape par étape
Le calcul neuchâtelois tient en quatre opérations. D’abord, le fisc lit le barème de l’impôt sur le revenu comme si le capital était un revenu imposable annuel, et en tire un taux d’imposition réel. Ensuite, il divise ce taux par quatre. Puis il compare le résultat au plancher légal de 2,5 % et garde le plus élevé des deux. Enfin, il multiplie le capital par ce taux, ce qui donne l’impôt de base, puis applique les coefficients.
Sur 100 000 francs retirés par une personne seule, le barème 2026 donne 10 876 francs d’impôt pour un revenu de ce montant, soit un taux réel de 10,88 %. Le quart ramène le taux à 2,72 %, au-dessus du plancher. L’impôt de base atteint 2 719 francs ; le coefficient cantonal de 124 % en fait 3 372 francs d’impôt cantonal, le coefficient de Boudry 1 849 francs d’impôt communal. Aucune déduction générale ni sociale ne s’applique à ce capital, précise l’article 42.
Pourquoi un quart plutôt qu’un cinquième ? La loi ne motive pas ce choix, et la fraction seule ne suffit pas à comparer les cantons : elle s’applique à des barèmes et à des coefficients différents. L’impôt genevois sur le capital 3a et l’impôt vaudois sur le capital 3a partent d’un cinquième de leur propre barème, avec leurs propres multiplicateurs. Pour situer cette mécanique dans le cycle complet du produit, l’imposition du 3e pilier de bout en bout est posée dans la page de tête du dossier.
Le plancher de 2,5 % pèse sur les petits comptes 3a
Le plancher est la vraie singularité neuchâteloise. Chez une personne seule, la fraction calculée reste sous 2,5 % jusqu’à environ 79 000 francs de capital : à 30 000 francs, elle donnerait 1,45 % ; à 60 000 francs, 2,25 %. Dans cette zone, tous les capitaux paient le même taux de base, et le barème progressif ne joue plus. Pour un couple marié, dont le taux se calcule sur une fraction du capital, le seuil monte vers 151 000 francs.
Le plancher concerne justement les retraits 3a de taille modeste, et en particulier les retraits anticipés. Une personne seule domiciliée à Cortaillod qui obtient un versement anticipé de 50 000 francs de son 3a pour acheter son logement paie 2 375 francs d’impôt cantonal et communal, auxquels s’ajoutent 80 francs d’impôt fédéral direct. Sans plancher, le quart du barème donnerait 2,06 % et environ 1 961 francs : le minimum légal ajoute un peu plus de 400 francs à ce retrait.
Le raisonnement est identique pour un capital retiré au démarrage d’une activité indépendante. Les conditions de ces sorties anticipées, qui relèvent du droit fédéral, sont détaillées dans la page sur le 3a utilisé comme fonds propres et dans celle consacrée aux indépendants ; le coût fiscal, lui, suit exactement la règle neuchâteloise décrite ici.
Plusieurs comptes 3a : où l’échelonnement cesse de rapporter
Toutes les prestations en capital versées la même année s’additionnent pour le calcul. Répartir son épargne sur plusieurs comptes et les solder sur des années fiscales distinctes fait donc redescendre chaque retrait dans le barème. Voici l’effet sur 180 000 francs d’épargne 3a, pour une personne seule à Boudry, impôt fédéral direct compris :
- un seul retrait de 180 000 francs : 13 164 francs d’impôt ;
- deux retraits de 90 000 francs : 9 880 francs au total ;
- trois retraits de 60 000 francs : 9 043 francs au total ;
- quatre retraits de 45 000 francs : 8 855 francs au total.
Le passage d’un à trois retraits économise plus de 4 100 francs. Le quatrième compte, lui, n’apporte plus rien côté cantonal : à 60 000 comme à 45 000 francs, chaque retrait est déjà au plancher de 2,5 %, et l’impôt cantonal et communal reste de 8 640 francs dans les deux cas. Les quelque 190 francs gagnés viennent uniquement de l’impôt fédéral direct, qui n’a pas de plancher. À Neuchâtel, découper un capital en tranches inférieures à 79 000 francs environ ne réduit plus l’impôt cantonal.
Pour optimiser la charge fiscale, le calendrier se prépare donc en connaissant ce seuil : mieux vaut viser des retraits proches de ce seuil que multiplier les petits comptes. La méthode générale pour échelonner ses retraits sur plusieurs années, nombre de comptes et ordre des sorties compris, est traitée dans la page dédiée.
Retrait 3a, conjoint et 2e pilier la même année
Le cumul ne s’arrête pas aux comptes 3a d’une même personne. Selon les instructions du Service des contributions, les capitaux versés à chacun des époux la même année s’additionnent eux aussi, un avoir de caisse de pension compris. En contrepartie, le taux se détermine sur 52 % du total, ce qui adoucit le calcul pour les couples.
Prenons un couple marié domicilié au Landeron (coefficient communal de 66 %) qui solde 60 000 francs de 3a et touche 300 000 francs de capital LPP. Si les deux versements tombent la même année, le total de 360 000 francs coûte 22 151 francs d’impôt cantonal et communal et 6 536 francs d’impôt fédéral direct, soit 28 687 francs. Si le 3a est retiré une année plus tôt, les deux calculs se font séparément : 2 924 francs pour le 3a, 22 633 francs pour la caisse de pension, 25 557 francs au total. Décaler le seul compte 3a d’une année fiscale évite 3 130 francs d’impôt.
C’est souvent le levier le plus simple à activer, puisque la sortie ordinaire du 3a s’ouvre cinq ans avant l’âge de référence : il reste de la marge pour placer ce retrait sur une autre année fiscale que celui de la caisse de pension. La coordination entre conjoints, déduction et sortie comprises, est traitée dans la page sur le 3e pilier à deux.
2026 ou 2027 : un barème temporaire à surveiller
Le barème de l’impôt sur le revenu utilisé ci-dessus, celui de l’article 40bquater, est inscrit dans la loi pour les périodes fiscales 2024 à 2026. Dans l’état de la LCdir au 1er janvier 2026, l’ancien barème de l’article 40bter, légèrement plus lourd, redevient applicable dès 2027. Le Service des contributions l’affiche d’ailleurs comme valable « dès 2027 ».
Pour un capital 3a, l’écart reste modeste mais réel. Une personne seule à Boudry qui retire 150 000 francs paierait environ 8 923 francs d’impôt cantonal et communal en 2027 au lieu de 8 833 francs en 2026, et 14 127 francs au lieu de 13 985 sur 220 000 francs, à coefficients inchangés. Un retrait de 60 000 francs ne bouge pas : il reste au plancher. Le Grand Conseil peut encore modifier ce calendrier ; avant de fixer la date d’un gros retrait autour du changement d’année, vérifiez le barème en vigueur.
Déclarer le capital et contrôler l’estimation
Dans la déclaration d’impôt qui couvre l’année où la fondation a versé le capital, une question porte précisément sur les prestations en capital de la prévoyance individuelle liée ; l’attestation de la fondation s’y joint. La fondation communique en principe elle-même le versement au Service des contributions, qui établit ensuite une taxation distincte de l’impôt ordinaire.
Avant de demander le versement, l’outil de calcul fiscal en ligne du canton permet de chiffrer votre cas en cochant « Prestation en capital » comme type d’impôt. La règle fédérale et le tableau comparatif des cantons romands figurent dans la page générale sur l’impôt du retrait. Pour un premier ordre de grandeur dans votre commune, vous pouvez aussi calculer l’impôt sur votre retrait 3a à Neuchâtel, avec l’effet d’un retrait étalé sur plusieurs années.