Cet article fait partie du dossier 3e pilier : le guide pose le cadre d'ensemble, chaque article en détaille un volet.
Pourquoi l’indépendant n’est pas soumis à la LPP
Un indépendant n’est pas assujetti à la prévoyance professionnelle obligatoire. Pour préparer sa retraite au-delà de l’AVS, il choisit entre deux voies : s’affilier facultativement à une institution du 2e pilier, ou verser dans le grand pilier 3a jusqu’à 20 % de son revenu, au maximum 36 288 CHF en 2026.
La LPP rend l’assurance obligatoire pour les salariés ; l’indépendant en est exclu d’office et ne cotise que s’il le décide. La conséquence est lourde : aucune rente de vieillesse du 2e pilier, aucune couverture décès ou invalidité professionnelle ne se constituent d’elles-mêmes. L’AVS, seule, couvre les besoins vitaux, pas le niveau de vie. La place de chaque étage et ce qu’il couvre exactement sont repris dans le fonctionnement du système des trois piliers.
Le choix n’est donc pas d’épargner ou non, mais de savoir dans quel cadre le faire. Les deux cadres n’obéissent pas aux mêmes règles, et surtout, ils ne se cumulent pas dans de bonnes conditions.
L’affiliation facultative au 2e pilier : un cadre complet
La loi permet à l’indépendant de s’assurer volontairement auprès de l’institution de prévoyance de sa branche professionnelle ou, à défaut, auprès de l’institution supplétive. Une fois affilié, il est traité comme un assuré du 2e pilier ordinaire, avec ce que le cadre apporte de plus que la simple épargne.
D’abord la couverture des risques : une rente d’invalidité et des prestations de survivants en cas de décès font partie du plan, sans contrat séparé à souscrire. Ensuite les rachats : les années sans prévoyance professionnelle creusent un potentiel de rachat, et chaque rachat se déduit du revenu imposable, ce qui donne à l’indépendant affilié un levier de déduction que le 3a ne connaît pas. Les cotisations elles-mêmes sont déductibles.
La contrepartie est la rigidité : les cotisations suivent le plan de prévoyance de l’institution, année après année, que l’exercice ait été bon ou mauvais.
Le grand pilier 3a, réservé aux indépendants sans caisse de pension
Sans affiliation au 2e pilier, le plafond du pilier 3a change d’échelle : 20 % du revenu de l’activité, au maximum 36 288 CHF par an en 2026, contre 7 258 CHF pour un salarié affilié à une caisse de pension. C’est ce régime que la pratique appelle le grand 3a.
Sa force est la souplesse. Vous versez le montant de votre choix, quand vous le voulez : beaucoup une bonne année, rien une année creuse, sans pénalité ni justification. Pour des revenus d’indépendant irréguliers, cette liberté pèse lourd. Chaque franc versé se déduit du revenu imposable, selon le mécanisme détaillé dans la déduction fiscale du 3e pilier.
Ses limites sont le miroir de cette liberté. Un compte 3a bancaire n’embarque aucune couverture décès ou invalidité ; seule une police 3a d’assurance peut en porter une. Et le 3a ignore le rachat : une année sans versement est une déduction perdue, sans rattrapage possible. À la sortie, le capital est imposé séparément du revenu, à taux réduit, selon les règles de retrait détaillées dans les bases du 3e pilier.
Les deux voies face à face
| Critère | 2e pilier facultatif | Grand pilier 3a |
|---|---|---|
| Plafond de versement | Cotisations selon le plan de prévoyance, rachats en plus | 20 % du revenu, au maximum 36 288 CHF (2026) |
| Couverture décès et invalidité | Incluse dans le plan | Absente sur un compte, possible via une police d’assurance |
| Souplesse des versements | Cotisations régulières fixées par le plan | Montant et rythme libres, d’année en année |
| Rattrapage des années passées | Rachats possibles et déductibles | Aucun, une année creuse est perdue |
| Transmission au décès | Prestations de survivants selon le règlement | Ordre de bénéficiaires fixé par la loi |
| Fiscalité à la sortie | Capital imposé séparément, à taux réduit | Capital imposé séparément, à taux réduit |