Cet article fait partie du dossier L'imposition du 3e pilier : le guide pose le cadre d'ensemble, chaque article en détaille un volet.
Le 3e pilier change-t-il quand on est deux ?
Le produit reste individuel, mais presque toutes les décisions deviennent communes. Chaque membre du couple garde son propre 3a, son plafond et ses comptes ; en revanche le calendrier des retraits, la protection du partenaire et l’usage du 3a dans un projet immobilier se raisonnent à deux, et les règles diffèrent nettement entre couple marié et concubins.
| Question | Couple marié | Concubins |
|---|---|---|
| Plafond de versement | Un plafond par conjoint avec revenu AVS, jamais transférable | Un plafond par partenaire avec revenu AVS, même règle |
| Taxation | Commune ; plusieurs cantons additionnent les retraits du couple pour le taux | Séparée ; chacun est taxé sur son propre capital |
| Protection au décès | Conjoint bénéficiaire en tête de l’ordre légal du 3a | Partenaire non prioritaire d’office, désignation possible sous conditions |
| Retrait anticipé (logement, indépendance, départ de Suisse) | Consentement écrit du conjoint exigé | Chacun dispose de son avoir sans consentement de l’autre |
Le fil conducteur du tableau tient en une phrase : le mariage protège par défaut et lie les décisions, le concubinage laisse chacun libre et ne protège personne par défaut. Les trois sections qui suivent déroulent ces différences dans l’ordre du cycle : verser, retirer, transmettre.
Deux plafonds que la taxation commune ne fusionne pas
Remplir une seule déclaration ne crée pas un pot commun de prévoyance. Chaque conjoint qui touche un revenu soumis à l’AVS dispose de son propre droit de verser, dans la limite de son propre plafond, sur ses propres comptes. Un couple de deux salariés affiliés à une caisse de pension peut ainsi alimenter deux piliers 3a complets, soit deux fois 7 258 francs en 2026.
La frontière est stricte dans les deux sens. La marge inutilisée de l’un ne se prête pas à l’autre : si un conjoint verse peu, l’autre ne peut pas dépasser son plafond pour compenser. Et un conjoint sans revenu AVS n’a tout simplement pas accès au cadre lié : son épargne passe par la prévoyance libre, qui obéit à d’autres règles.
Cette symétrie a une conséquence stratégique souvent manquée : ouvrir des comptes multiples vaut pour chacun des deux. Un couple qui prépare sa sortie avec deux fois deux ou trois comptes 3a se donne jusqu’à quatre ou six années de retrait distinctes, la matière première de tout ce qui suit.
Qui doit verser, quand un seul budget ne suffit pas pour deux plafonds ?
Dans une taxation commune, la question « lequel de nous deux doit verser ? » n’a pas l’importance qu’on lui prête : les revenus du couple étant additionnés, un franc déduit efface le même impôt qu’il vienne du compte de l’un ou de l’autre. L’arbitrage ne porte donc pas sur la valeur fiscale du versement, mais sur la capacité à utiliser les deux plafonds : deux versements partiels sur deux 3a valent mieux, à budget égal, qu’un seul plafond rempli et un droit perdu, parce que la marge non utilisée d’une année ne se rattrape jamais.
Le statut de chacun compte davantage que la répartition du budget. Un conjoint indépendant sans caisse de pension relève d’un autre plafond, calculé sur son revenu ; un conjoint qui passe à temps partiel garde son droit tant que subsiste un revenu AVS ; un conjoint qui cesse toute activité perd le sien dès l’année concernée. Chaque changement de situation professionnelle dans le couple mérite donc un passage en revue des versements, l’année même où il survient.
Le partenariat enregistré suit les règles du mariage sur tous les points de cette page : taxation commune, cumul éventuel des retraits, place en tête de l’ordre des bénéficiaires. Quand cette page écrit « conjoint », le partenaire enregistré est donc toujours compris dans le mot ; le concubin, jamais.